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Creuse

Région :
Nouvelle-Aquitaine
Carte du département

Préfecture :
Guéret

Préfets :
René Heureude
(06/1940 - 15/09/1940) Préfet de la Creuse. Il est le premier préfet nommé par Vichy
Jean Cabouat
(15/09/1940 - 20/06/1941) Préfet de la Creuse
Jacques Henry
(21/06/1941 - 07/1943) Préfet de la Creuse qui met en application le second statut des Juifs du 2 juin 1941 et les textes complémentaires visant notamment au recensement et à l’aryanisation des biens juifs. Il est en charge des rafles de Juifs du 26 août 1942 et de février 1943, de l’organisation de la relève puis du STO et supervisa la mise en place de la milice
Pierre Berger
(1941 - 1942) Pierre Jean Berger, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Antoine Lemoine
(01/05/1942 - 1943) Antoine Jean Marcel Lemoine, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
René Rivière
(Jan. 1943 - 1943) René Édouard Rivière, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
(14/02/1943 - 10/05/1944) Préfet de la Creuse, protestant, résistant, intègre le réseau Ajax en septembre 1943, il s'efforce de protéger les Juifs en refusant à la milice l’accès aux fichiers, en aidant la Maison chrétienne franco-tchécoslovaque pour l’enfance, en favorisant la fermeture des maisons de l’OSE. Il est suspendu de ses fonctions le 10 mai 1944 par Laval sur dénonciation du chef de la Milice.
Émile Marchais
(1943 - 1944) Préfet de la Creuse
Marc Freund-Valade
(11/09/1943 - 10/05/1944) Marc Paul Freund dit Freund-Valade, Préfet de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
André Fourcade
(10/05/1944 - 06/1944) André Fourcade dit Vergnaud, Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne), arrêté par la Gestapo en juin 1944, fusillé à Buzet-sur-le-Tarn le 17 août 1944
M. Salem
(23/06/1944 - 25/08/1944) Préfet de la Creuse, imposé par la Milice, arrêté le 25 août 1944, jour de la libération définitive de la Creuse
Pierre Boursicot
(23/10/1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Limoges (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne et les parties non-occupées de la Charente, du Cher, de la Dordogne, de l'Indre, de l'Indre-et-Loire et de la Vienne)
Henry Castaing
(1944 - 1945) Préfet de la Creuse, résistant, ex-commissaire aux RG et chef du réseau Ajax

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Département de la Creuse en 1939-1945


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Departement de la Creuse en 1939-1945
La sous-préfecture d'Aubusson
source photo : Commune d'Aubusson
crédit photo : D.R.
Departement de la Creuse en 1939-1945
Préfecture de la Creuse - Guéret
source photo : Mattderu
crédit photo : D.R.
Departement de la Creuse en 1939-1945
La sous-préfecture d'Aubusson
source photo : Commune d'Aubusson
crédit photo : D.R.
Histoire

La Creuse

Au centre de la France, le département de la Creuse est une composante de la région Limousin. Il appartient tout entier aux hautes terres montueuses et cristallines du Massif central, ce qui l’oppose en matière de relief et d’occupation du sol aux plateaux sédimentaires du Bassin parisien.
De tout temps, il a été un territoire enclavé, de marges et de transitions : des liens étroits se sont naturellement développés avec l’Auvergne voisine, mais aussi avec le Bourbonnais, le Berry et même le Poitou par l’intermédiaire de la Basse-Marche.

La Creuse est un territoire rural marqué par de faibles densités de population : environ 22 habitants au km2 (108 en France, 42 pour le Limousin). La population s’éparpille en une multitude de petits villages ou hameaux, mais la trame de bourgs centres et de petites villes joue un rôle important dans la structuration de l’espace. Quatre villes animent
des bassins de vie assez autonomes et bien équipés en services (par ordre d’importance) : Guéret, La Souterraine, Aubusson et
Bourganeuf.
Limoges, capitale régionale, étend son influence sur l’ensemble de l’espace creusois, contribuant à l’ancrer dans le territoire limousin et à donner une cohérence à son fonctionnement.
Seules les marges orientales échappent pour partie à cette influence urbaine limougeaude ; par ailleurs, dans ce secteur périphérique, les petites villes – Felletin, Évaux-les-Bains et Boussac – rencontrent des difficultés pour s’imposer sur leurs territoires environnants.

30/10/2010
Lien : Bernard Valadas

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La Creuse, terre d'accueil

La population étrangère en Creuse s’élève à 2 600 personnes à la fin 2004, ce qui est peu (2 % de la population totale), mais doit s’apprécier au regard des populations immigrées accueillies antérieurement.
Les Italiens, de la région du Trentin principalement, affluent après la première guerre mondiale ; ils s’intègrent dans l’exploitation des carrières de pierre et la construction. Ils sont rejoints par les Espagnols après la guerre d’Espagne.
Pendant la seconde guerre mondiale, la Creuse accueille de nombreux réfugiés, notamment une population juive importante, évaluée à 3 000 personnes (dont 1 000 enfants). Elle est bien accueillie par les Creusois et dans les centres de l’OSE (organisation de secours aux enfants) pour les enfants, ainsi les déportations seront fortement limitées. En reconnaissance, 30 Creusois ont reçu le titre de juste parmi les Nations par l’État d’Israël.
Après la seconde guerre mondiale, on note un afflux de Portugais et une petite immigration maghrébine.
Dans les années cinquante et soixante se produit le flux des "migrants" des régions normandes et bretonnes, qui a concerné plus de 500 familles, installées dans l’agriculture. Elles ont joué un grand rôle dans la modernisation de ce secteur.
À partir de 1970, une immigration turque se concentre dans la région de Bourganeuf ; elle participe largement au développement de la filière bois.
Il faut également mentionner le phénomène des enfants en provenance de la Réunion, placés en foyers et en familles d’accueil, au nombre d’environ 260. Une centaine d’entre eux s’est établie dans le département à l’âge adulte.
Enfin, de nos jours, on note l’arrivée d’une population anglo-saxonne et de retraités d’autres régions françaises, attirés par un environnement préservé. Ils représentent un mouvement de 300 à 400 personnes par an, contribuant à la restauration du patrimoine immobilier et limitant la perte démographique de la Creuse.

30/10/2010
Auteur : Marcel Denis Lien : Présentation de la Creuse

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La drôle de guerre

Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, le 1er septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.
520 000 français sont évacués des zones frontalières comprises entre la ligne Maginot et l’Allemagne.
L'Allemagne nazie envahit la France, la Belgique, le Luxembourg, pourtant neutre, et les Pays-Bas le 10 mai 1940.

Le gouvernement désemparé se replie à Bordeaux dès le 11 juin. La France est envahie. C’est l’exode vers le sud. Le président du Conseil, Paul Reynaud, est contraint de démissionner. Le maréchal Pétain forme alors un nouveau gouvernement.

30/10/2010

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L'Occupation et la collaboration

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes défilent à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 20 ils sont à Brest, le 22 à La Rochelle, à Lyon...

Le 22 juin 1940, la France écrasée signe l'Armistice.
Le maréchal Pétain obtiendra les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940. La République est abolie.

Les Allemands mettent en place toute une série de mesures pour limiter sur le territoire la circulation des personnes et des marchandises et le trafic postal entre deux grandes zones délimitées par la ligne de démarcation qui sépare la zone sud où s’exerce l’autorité du gouvernement de Vichy, de la zone occupée par les Allemands.
La ligne de démarcation traverse treize départements sur 1 200 km : Ain, Allier, Charente, Cher, Dordogne, Gironde, Indre-et-Loire, Jura, Landes, Loir-et-Cher, Pyrénées-Atlantiques, Saône-et-Loire, Vienne.

La Demarkationsline disparaîtra le 11 novembre 1942, après l’occupation totale de la France.

Comparées aux persécutions de la zone occupée, la zone sud semble être une terre d'accueil et nombreux sont les étrangers qui tentent de franchir la ligne de démarcation dans l'espoir d'échapper à la persécution.
Cependant, , les lois xénophobes et "l'antisémitisme d'État", excluent de la communauté nationale les étrangers et les Juifs exclus des administrations dès juillet 1940 et internés dans des camps ou assignés à résidence dès octobre 1940 car considérés "en surnombre dans l’économie française".

Le gouvernement Laval accepte de livrer aux Allemands les Juifs étrangers de zone occupée, et propose aux Allemands qui n'en demandaient pas tant d'y inclure également les enfants de moins de 16 ans.

En novembre 1942, quand les Allemands, occupent la zone sud, administrée jusque là par Vichy, ils étendent la "solution finale" à tout le pays avec l'assentiment de Laval qui déclarera : "La victoire de l'Allemagne empêchera notre civilisation de sombrer dans le communisme. La victoire des Américains serait le triomphe des Juifs et du communisme. Quant à moi, j'ai choisi…"

30/10/2010

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Les proscrits du régime

Les Tsiganes
Les Tsiganes sont internés dans les camps français.

Les franc-maçons
Les franc-maçons son démis de leurs fonctions.

Les communistes
Les fonctionnaires syndicalistes et communistes ou suspectés de l'être, sont recensés par la gendarmerie française, considérés comme "indésirables", démis de leurs fonctions, pourchassés, arrêtés et internés.

Les réfractaires au STO
A partir de 1943, les réfractaires du STO entrent dans la clandestinité. Certains rejoignent les résistants également pourchassés.

30/10/2010

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Les Juifs dans la Creuse

Une grande partie des juifs repliés dans la Creuse s’y réfugient dans le sillon des maisons d’enfants ouvertes par l'OSE (Œuvre de secours aux enfants).
D’abord, il y a les 4 maisons d’enfants juifs situées dans la Creuse elle-même : Château de Chabannes à Saint-Pierre-de-Fursac, Château de Chaumont à Mainsat, Château Le Masgelier à Le Grand-Bourg et la Maison de Refuge israélite pour l’Enfance de Neuilly repliée à Crocq pendant trois ans, sous la direction de Louis Aron.
Château Le Masgelier, Château de Chabannes et Château de Chaumont sont trois maisons d’hébergement strictement laïques, contrairement à la Maison des Granges, près de Crocq, dans le sud-est de la Creuse. Celle-ci est tenue par le Refuge israélite de France et l’on y observe les règles religieuses au quotidien.

Ces 4 maisons accueillent par roulement autour d’un millier d’enfants.

Le Limousin d’ailleurs est une terre de refuge privilégiée puisque la région, à elle seule, abrite 9 homes d’enfants juifs, et avec le Château des Morelles de Brout-Vernet située à la limite de la Creuse et de l’Allier, le total s’élève ainsi à 10 maisons d’enfants juifs concentrées dans le Limousin sur un périmètre relativement réduit. Ce sont dix maisons sur les 18 que l’OSE gère dans toute la France.

Donc, il y a dans le Limousin une grande concentration de maisons d’enfants juifs, avec toutes les implications que cela pouvait avoir si les autorités s’étaient acharnées à arrêter les enfants (...).

Certains parents viennent s’installer à proximité des homes pour garder le contact avec les enfants mais surtout pour fuir la zone Nord et les grandes villes plus surveillées. Ils sont parfois suivis par des proches et aussi des proches du personnel des maisons. Ce mouvement entraîne, autour des maisons d’enfants, la formation de petites poches de refuge où se replient de nombreux juifs. C’est sûrement le cas au Grand Bourg et à Bénevent-l’Abbaye à proximité de Chabannes, et aussi à Crocq et à Mainsat (...).

Les Juifs réfugiés dans la Creuse y subissent les poursuites administratives imposées par le pouvoir central de Vichy. Ils sont soumis à une surveillance serrée. Ces poursuites mènent à l’arrestation et à la déportation d’un grand nombre d’entre eux. Pourtant ce nombre reste inférieur à 200 déportés, ce qui représente moins de 10 % de la totalité des juifs réfugiés dans le département, qui s’élève à 3000 personnes.
Mais le journal de Louis Aron mentionne surtout les écarts et bientôt le divorce total qui s’instaurent entre la législation anti-juive du pouvoir central et les réalités sur le terrain où la discrimination raciale se heurte à une certaine imperméabilité. L’antisémitisme officiel passe mal. Le journal de Louis Aron nous a laissé un témoignage précieux et très riche d’informations sur l’évolution de l’opinion publique à l’égard des juifs et sur la vie du Refuge à Crocq, à Mainsat, à La Serre-Bussière et Chaumont. Il y décrit l’accueil chaleureux que les habitants de Crocq font aux enfants du Refuge, la courtoisie que les gens manifestent à leur égard, Son journal relate le dévouement de la population locale qui assure le ravitaillement et les besoins matériels du Refuge. Il en va de même pour les soins médicaux aux enfants, leur insertion à l’école, l’emploi pour certaines des filles (...).

Le Refuge y a survécu jusqu’à la Libération, sans subir d’arrestations, contrairement à ce qui s’est passé à Izieu.
La différence avec Izieu est sans doute liée à la protection que les Creusois apportèrent aux enfants juifs. La tradition républicaine du pays, l’expérience des
Levana Frenk Inauguration à Crocq (Creuse) d'une place Marie-Thérèse Goumy Juste parmi les Nations et d'une rue Louis Aron.

30/10/2010
Auteur : Levana Frenk Lien : Crocq se souvient de la Shoah

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La rafle du 26 août 1942 en Creuse

Six semaines après la rafle du "Vel' d'hiv" dans la région parisienne, le 26 août 1942, une rafle frappe les Juifs étrangers réfugiés en Creuse.

Les Juifs étrangers, enfants ou adultes, sont l'objet, même en zone sud, d'une double suspicion administrative. Étrangers, ils sont soumis à la législation spécifique sur les étrangers, renforcée au moment de la guerre, maintenue et aggravée après l'armistice. Juifs, ils sont sous la contrainte du second statut juif du 2 juin 1941. Qu'ils vivent dans les maisons de l'OSE ou qu'ils soient réfugiés dans une commune, ils sont sous la surveillance constante de l'administration préfectorale. C'est elle qui organise la rafle du 26 août 42.

91 personnes arrêtées...
Le 26 août 1942, une rafle frappe les Juifs étrangers réfugiés en Creuse. Ils croyaient y avoir trouvé un abri contre la déportation par les Allemands, mais Laval a accepté de livrer à ces derniers 10 000 Juifs étrangers vivant en zone "libre". Chaque département doit fournir son quota. Le préfet de la Creuse établit une liste de Juifs à arrêter et charge la gendarmerie de l'opération. On décide qu'ils seront rassemblés à Boussac et, dans le plus grand secret, on demande aux gendarmes de vérifier leur présence avant l'arrestation.

Au petit matin du 26 août, les gendarmes de Grand-Bourg débarquent au Château de Chabannes. Six personnes sont arrêtées : quatre éducateurs et deux enfants...

Le même jour, à 4 heures du matin, cinq gendarmes de Pontarion se présentent au hameau des Combes, dans la commune de Saint-Hilaire-le-Château. Depuis deux ans, Henri Wolff vit ici avec ses parents. Réfugiés, ils ont une petite maison, un lopin de terre et du bois pour se chauffer. Le village est devenu pour eux un "havre de paix et de chaleur humaine".

Arrêtés, ils n'ont droit qu'à une seule valise. Henri Wolff se souvient encore de la paire de gifles qu'il reçut ce matin-là du gendarme responsable de leur arrestation. Pourtant, des coups, il allait en recevoir bien d'autres...

De Creuse à Auschwitz en une semaine...
Au total, 91 personnes sont arrêtées le 26 août 1942 par la gendarmerie française. Parmi elles, une quinzaine d'enfants, le plus jeune a deux ans. Regroupées à La Souterraine, Dun, Châtelus-Malvaleix, Bonnat et Guéret, elles sont ensuite conduites vers Boussac. A Guéret, on réquisitionne pour leur transport le car de l'entreprise Marquet.
 

A Boussac, le préfet fait relâcher deux familles, dont quatre enfants, au motif que les pères, d'origine allemande, s'étaient engagés en septembre 1939 dans les rangs de l'armée française.

De Boussac, ils sont dirigés vers le camp de Nexon (près de Limoges), puis sur Drancy. Trois jours après leur arrestation, ils sont entassés dans le convoi n° 26. Départ Drancy, destination Auschwitz. Trois jours et trois nuits entassés dans des wagons à bestiaux : sur les 1005 personnes parties de Drancy, 987 survivent, 18 sont mortes pendant le trajet.

Un voyage vers la mort pour les parents d'Henri Wolff gazés dès leur arrivée. Un voyage vers l'enfer pour Henri Wolff, lui qui, en une semaine, est passé des Combes à Auschwitz.

Il survivra trois ans dans les antichambres de la mort. Il est l'un des trois survivants de la rafle du 26 août en Creuse.

Responsabilités...
Comme le fait remarquer l'historien Jean Michaud, les responsables de la gendarmerie ne semblent pas avoir eu de grands troubles de conscience dans les préparatifs de la rafle. Tant que les Juifs n'étaient que des noms, des numéros sur des listes, leur conscience professionnelle les poussait au travail bien fait. Mais quand les numéros deviennent des hommes, des femmes, des enfants, ce n'est plus pareil. Le 24 septembre, le capitaine commandant la section de Guéret avoue que "l'exécution des mesures concernant les Juifs" a provoqué "un certain malaise" et suggère que "ces opérations, pourtant nécessaires, paraissent ne pas devoir être confiées à des militaires opérant en uniforme". Ce rapport sur l'état d'esprit des gendarmes fut enterré par la hiérarchie. Le préfet déclara même que "le ramassage des Israélites a été effectué le 26 août sans aucun incident. Les opérations ont été conduites avec le maximum d'humanité et les Israélites ont tenu, à leur arrivée à Nexon, à remercier le commandant de gendarmerie de la façon humaine dont ils avaient été traités dans la Creuse"...

30/01/2013
Lien : Bonjour les enfants !

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Les arrestations du 1er septembre 1942

La rafle du 1 septembre 1942 et le transfert d'enfants juifs vers le camp de Rivesaltes...
Le 1er septembre 1942, soit six jours après la grande rafle du 26 août en Creuse, vingt enfants sont arrêtés dans les maisons du Masgelier et de Chabannes. La gendarmerie opère ces arrestations sur ordre du préfet.

A Chabannes, Lydia Jablonski, une éducatrice, témoigne : "Le garde-champêtre de Saint-Pierre-de-Fursac nous a apporté, de la part d'un résistant de la préfecture, une feuille de papier avec une liste de 14 noms d'enfants qui allaient être arrêtés.
Monsieur Chevrier (le directeur) a immédiatement demandé au médecin de Fursac (le docteur Pradeilles) de faire une ordonnance comme quoi les petits, étant malades, devaient être transportés d'urgence à la pouponnière de Limoges. Ce qui a été fait.
Avec les plus grands, mon mari (Ernst Jablonski) est allé se promener dans les bois.
Quand les policiers sont arrivés, Monsieur Chevrier leur a déclaré que notre maison n'était pas une prison et que les enfants avaient le droit de se promener. En plus, comme plusieurs noms de la liste étaient mal orthographiés, M. Chevrier déclarait à chaque fois : "Nous n'avons pas cet enfant ici". Je me souviens d'une Erne Lévy, à la place du garçon Ernst Lévy ; M. Chevrier : "nous n'avons pas cette fille-là."
Un seul enfant, Rolf Rothschild, que ses parents réclamaient au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), fut livré.
"

Le capitaine de gendarmerie note dans son rapport que le directeur "M. Chevrier, bien que dûment prévenu, n'a pris aucune précaution pour empêcher la fuite des enfants".

Au total, au Masgelier et à Chabannes vingt enfants sont donc arrêtés. Ils sont conduits à la gare de La Souterraine et, le 2 septembre à 0 h.11, ils sont mis dans un train à destination du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales).

30/10/2010
Lien : Bonjour les enfants !

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La résistance en Corrèze et en Creuse

Le mouvement Combat est implanté en Haute-Corrèze. De 1942 à 1943, les résistants traqués par la Gestapo et la police de Vichy doivent se munir de fausses pièces d'identités et des terrains de parachutage sont recherchés. Celui de Thamaly, près d'Ussel, est homologué, et des avions anglais peuvent y atterrir en juin 1942.
Les premiers réfractaires au STO sont placés dans les maquis de Lamazière-Basse et de Chambon, près de Lapleau. Les parachutages effectués à Sornac et Bassignac permettent d'armer les troupes clandestines.

Les camps de l'AS (Haute-Corrèze) mènent plusieurs opérations armées contre l'ennemi parachutages et transports d'armes, sabotage des lignes à haute tension et voies ferrées à Bonaygue, Millevaches, Neuvic...

Dans la région de Tulle, la résistance se développe en 1942.

En octobre 1943, les parachutages sur les terrains du Pouget, de Saint-Martial complètent l'armement des maquis.
Au sud du département, Edmond Michelet prend la direction du mouvement Combat. La Corrèze va compter jusqu'à 71 maquis. Ces maquis ont l'effectif moyen d'une section pouvant atteindre celui d'un bataillon.

Dès juillet 1940, en Corrèze, des communistes français, qui n'acceptent pas la défaite, se regroupe pour résister à l'occupant. En septembre 1940, Georges Guingouin prend le commandement de VOS de la Haute-Corrèze.
De juin 1942 à décembre 1943, les FTP corréziens se distinguent par un nombre impressionnant d'opérations contre l'occupant.

En Creuse, c'est surtout le mouvement Libération qui a le plus d'ampleur.
L'origine du premier groupe FTP en Creuse remonte à octobre 1940 ; des noyaux de groupes se forment à Guéret, Lizières, Saint-Privat, La Souterraine...
D'août à septembre 1942, des pylônes à haute tension sont sabotés à Eguzon et Chatelus. Le premier parachutage a lieu en septembre 1942, sur un terrain de la commune de Maillat .
Les FFI en Creuse sont placées sous l'autorité du général Koenig qui les dirige depuis l'Angleterre.1

30/10/2010

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Les préfets de la Creuse (1940-1944)

Les quatre préfets que la Creuse a connus, entre l’armistice et le débarquement et celui qui succéda à la Libération.

  1. Le préfet Heureude, en poste à Guéret en juin 1940, eut à gérer les premières conséquences de la défaite : la débâcle, l’afflux puis le reflux des réfugiés. Ils furent environ 350 000 à séjourner en Creuse, quelques jours ou quelques semaines, parmi une population de l’ordre de 200 000 habitants. Il eut à ses côtés le préfet de l’Aube et le sous-préfet de Noyon (Aisne). Il fut le premier préfet de Vichy, Laval étant vice-président du Conseil et Marquet, ministre de l’Intérieur.
  2. Le préfet Cabouat lui succéda le 15 septembre 1940, Peyrouton ayant depuis le 7 remplacé Marquet comme ministre de l’Intérieur, avant de céder la place, en février 1941, à l’amiral Darlan. Il eut à mettre en œuvre les principaux textes qui fondaient la Révolution Nationale, inclus les lois d’exception et les lois raciales, notamment le premier statut des Juifs du 3 octobre et la loi du 4 visant à l’internement des étrangers. Il appliqua, apparemment sans état d’âme, mais sans zèle excessif, les directives de Vichy, interna des étrangers, des communistes et opposants, remplaça diverses municipalités et mit en place des commissions administratives dans les communes de plus de 2 000 habitants.
  3. Le préfet Jacques Henry qui lui succéda prit ses fonctions le 21 juin 1941. Il resta en Creuse jusqu’en juillet 1943, sous l’autorité des ministres de l’Intérieur Darlan puis Pucheu à partir du 18 juin 1941 et Laval, ce dernier étant revenu au pouvoir le 18 avril 1942. Jacques Henry eut à mettre en application le second statut des Juifs du 2 juin 1941 et les textes complémentaires visant notamment au recensement et à l’aryanisation des biens, en fait la spoliation. Il fut en charge des rafles de Juifs du 26 août 1942 et de février 1943 mais aussi de l’organisation de la relève puis du S.T.O. et supervisa la mise en place de la milice. Il apparaît au chercheur comme ambitieux et servile, zélé dans toute répression, soucieux d’être bien noté, mais peu courageux, jouant habilement du « parapluie », se faisant couvrir pour toute décision quelque peu délicate. Simple exemple rapporté par Jean Michaud lors du colloque de 1996 :
    "Le jeune David E., né en Pologne, arrivé en France à l’âge de 7 ans, a fait toutes ses études à Paris. Réfugié en Creuse depuis juillet 1942, il a été incorporé au G.T.E. 420 de Clocher, près Guéret, et détaché chez un cultivateur. Admis à l’Institut polytechnique de Grenoble, il sollicite du Préfet sa libération du G.T.E. et l’autorisation de se rendre à Grenoble. Le préfet Henry, selon son habitude se garde bien de prendre une décision personnelle. Par lettre du 21 octobre, il soumet le cas à la Direction de la police du territoire et des Étrangers, 9e bureau à Vichy, en faisant remarquer qu’il y a une lacune dans la réglementation concernant les étrangers “intellectuels”. Le 7 novembre, le chef du 9e bureau répond qu’il n’y a pas lieu, pour l’instant, de donner suite à la demande de l’étudiant... la commission d’incorporation n’a pas qualité pour accorder des sursis ou des congés pour permettre aux travailleurs étrangers de poursuivre des études. Le 18 novembre, le préfet informe David E. du rejet de sa demande. Un préfet courageux et humain, ajoute Jean Michaud, aurait pu profiter de l’absence de réglementation pour lui donner satisfaction."
    Lors de la rafle du 25 août il fait du zèle. Sans davantage d’état d’âme, le premier septembre il fait organiser le transfert vers Rivesaltes, en vue de déportation avec leurs parents, de 33 enfants juifs sortis des camps du midi par l’O.S.E., hébergés à Chabannes et au Masgelier. Le capitaine de gendarmerie prévient personnellement les responsables. À Chabannes, le directeur, non-juif, Félix Chevrier, réagit aussitôt et disperse les enfants. Au Masgelier, la direction juive, plus légaliste, livre les siens. Ils seront apparemment tous sauvés sur intervention du préfet des Pyrénées Orientales, à l’initiative de l’O.S.E. Un préfet sauvait ainsi ceux qu’un autre préfet avait livrés. Question sans réponse : le capitaine de gendarmerie a-t-il informé préalablement les responsables des « maisons » par zèle ou pour leur permettre de « prendre des dispositions » ?
  4. Le préfet Clément Vasserot qui remplaça Jacques Henry prit ses fonctions le 14 juillet 1943, Laval étant toujours chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur. La pression des Allemands sur Vichy ne cessait de croître et début janvier 1944 fut mis en place le Secrétariat général au Maintien de l’ordre, sous la responsabilité de Darnand, avec autorité sur toutes les forces de police, de gendarmerie, de garde mobile et de G.M.R. À Limoges, la direction régionale revint à de Vaugelas qui se conduisit en proconsul.
    Vasserot était protestant, donc sensibilisé aux persécutions. Ancien secrétaire général des Alpes Maritimes, il avait eu à connaître des problèmes des Juifs, très nombreux en zone italienne, mais moins pourchassés par les Italiens que par les Allemands. Depuis le printemps de 1943, les autorités de Vichy ne faisaient plus effectuer de rafles et les seuls Juifs alors arrêtés en Creuse le furent par la Gestapo, avec ou sans le concours de la Milice. Le préfet Vasserot s’efforça de protéger les Juifs en refusant à la milice l’accès aux fichiers, en aidant la Maison chrétienne franco-tchécoslovaque pour l’enfance dont il avait connu les responsables à Vence, en favorisant la fermeture des « maisons » de l’O.S.E.
    Par ailleurs, il était arrivé au moment où s’organisait la Résistance et se formaient les maquis. Il adhéra dès septembre au réseau Ajax dont le chef régional était Henry Castaing, commissaire aux R.G. pour la Creuse, lequel avait déjà noyauté, en complément de son propre service, le commissariat de police, une partie de la gendarmerie, diverses administrations, inclus la commission du contrôle technique. Notons au passage que le chercheur non averti risque de bien mal interpréter les rapports de ladite commission ! Le nouveau secrétaire général de la Préfecture, André Vy, nommé un peu plus tard, adhéra lui aussi à Ajax. Arrêté, interné à Evaux, libéré par la Résistance au lendemain du débarquement allié en Normandie, repris par les Allemands, il mourut en déportation. Le préfet Vasserot fut suspendu de ses fonctions le 10 mai par Laval sur dénonciation du chef de la Milice. Lors de la reddition de la garnison allemande de Guéret, le 7 juin, il fut rappelé dans ses fonctions par la Résistance, mais dut évacuer la préfecture le 9 lors de la reprise de la ville. Il entra à nouveau dans la clandestinité mais sa relative passivité durant les combats lui valut d’être supplanté à la Libération.
  5. Le préfet Salem, imposé par la Milice, arriva à Guéret le 23 juin, alors que le département était pratiquement sous contrôle de la Résistance. Il fut arrêté le 25 août, jour de la libération définitive de la Creuse.
  6. C’est Castaing qui fut nommé préfet et Vasserot en conçut une vive amertume. L’ex-commissaire aux R.G. et chef du réseau Ajax connaissait bien l’administration et la Creuse. Ses bonnes relations avec le Comité de Libération et les chefs militaires lui permirent d’imposer son autorité et d’assurer une transition sans difficultés majeures, contrairement à ce qui se passa dans d’autres départements.

Des quatre préfets de la Creuse sous Vichy, seul Jacques Henry fut chassé de l’administration. Cabouat dont la conduite ultérieure fut, semble-t-il, correcte, bénéficia d’une promotion et devint préfet régional. Vasserot demeura au sein de l’administration mais ne retrouva pas ses fonctions de préfet.

Il faut noter que les quatre préfets qui se succédèrent en Creuse étaient tous issus du corps préfectoral de la République, ce qui ne fut pas le cas dans tous les départements, Vichy ayant souvent investi dans la fonction des personnes extérieures au corps, notamment des militaires. Servir l’État Français qui avait aboli la République ne leur posa apparemment pas de problèmes de conscience.

L’histoire doit retenir que le nouveau régime dont la légalité était pour le moins discutable ne put fonctionner que dans la mesure où les courroies de transmission du pouvoir ne furent pas défaillantes. C’est là un sujet qui mérite réflexion, mais qui est rarement traité. Ni les pères de la constitution de la IVe République, ni ceux de la Ve ne l’ont pris en considération. Il a été quelque peu abordé au moment du procès Papon mais sans suite.
J’ai évoqué les préfets en poste en Creuse, mais je n’ai pas répondu à la question posée par Alain Giévis : « Les rapports des préfets ont-ils pu inflencer Laval dans la conduite de sa politique raciale ? » Je n’ai pas eu le temps d’approfondir ma recherche, mais en l’état de mes connaissances, j’en doute. Pour plusieurs raisons :

  • Le premier « statut des Juifs » fut promulgué le 3 octobre 1940 alors que Laval était vice-président du Conseil mais il n’en fut pas l’initiateur. Il n’était pas au gouvernement lorsque fut créé le Commissariat général aux questions juives et promulgués le second « statut » du 2 juin 1941 et les textes complémentaires visant au recensement et à la spoliation.
  • La chronologie, toujours impérieuse pour l’historien, tend à conforter le doute.

Laval revint au pouvoir le 18 avril 1942. Entre temps, trois rafles de Juifs, étrangers et français, avaient été effectuées à Paris avec le concours de la police française : le 14 mai 1941, le 20 août 1941 et en décembre 1941.
Heydrich est venu à Paris début mai et a rencontré Bousquet le 6, soit seize jours seulement après la prise de fonction de Laval. C’est à cette occasion qu’est évoquée, pour la première fois, semble-t-il, la déportation de Juifs de zone libre. À l’initiative de Bousquet, la discussion sur le sujet reprend le 16 juin avec Oberg et son adjoint Knochen. Bousquet se dit « prêt à mettre, dans un premier temps, 10 000 Juifs [de zone libre] à disposition [des Allemands] en vue de leur évacuation vers l’est ». (Rapport allemand cité par Serge Klarsfeld.) Le programme devient définitif le 2 juillet. Il concerne 22 000 Juifs de zone occupée et 10 000 de zone libre. Bousquet a-t-il agi de sa propre initiative comme c’est apparemment le cas le 6 mai ? Était-il, le 16 juin, mandaté ou seulement couvert par Laval ? Le 2 juillet il avait le consentement de Pétain et de Laval.

Il semble que « l’évacuation » des Juifs vers l’Est n’ait été qu’une monnaie d’échange, la contrepartie de la reconnaissance de la tutelle de Vichy sur les forces de police de zone occupée et sans doute aussi un gage de bonne volonté dans la politique de collaboration engagée à Montoire le 24 octobre 1940.

Il est logique de s’interroger sur le rôle des rapports des préfets dans la politique raciale de Laval. On sait qu’il les lisait peu mais qu’il n’était pas insensible à l’opinion de ceux qui lui en présentaient la synthèse. On sait aussi qu’il n’était pas foncièrement antisémite, mais que son « pragmatisme » ou plus simplement sa manière d’agir le portait à évacuer tout ce qui pouvait lui poser problème : par exemple les enfants juifs dont les Allemands ne voulaient pas mais dont il tint à se débarrasser par