"Je suis né en 1934 à Merlebach, Moselle d'une famille juive alsacienne et lorraine. En septembre 1939, nous avons été évacués à Civray, Vienne. En juillet 1942, nous avons traversé la "ligne de démarcation" à pied, la nuit, en grand secret. Limoges - Lyon - Nice. Les Italiens, qui occupaient la région de Nice étaient relativement modérés et n'ont pas persécuté systématiquement les juifs. Mais en 1943, la situation a changé. Il a fallu repartir. Un réseau de sauvetage des enfants juifs, animé par des résistants français non juifs, a permis de "placer" de nombreux enfants dans le centre de la France - dans des fermes, des écoles publiques, des monastères etc. C'est ainsi que je suis arrivé en décembre 1943 à la Souterraine, au collège de garçons. La jeune femme qui s'est occupée de mon groupe, Pauline Godefroy*, a été arrêtée. Torturée, elle a gardé ses secrets et ne nous a pas livrés. J'ai fait planter un arbre en son souvenir dans la "Forêt des justes" à Jérusalem. A la Souterraine, j'ai été élève en 8ème dans la classe de Monsieur Boucher et en 7ème dans celle de Monsieur Cibot, jusqu'en juillet 1945. C'étaient d'excellents instituteurs, tout à fait dans la tradition de l'école publique laïque française depuis jules Ferry. Ma mère m'a rejoint en février 1944. Elle était la "bonne à tout faire" de l'économe du collège. Elle a dû travailler très dur dans des mauvaises conditions, mais c'était infiniment préférable à la déportation qui nous menaçait. En mars 1944, ma mère a trouvé un autre emploi. Elle est devenue "aide cuisinière" aux Rosiers, un sanatorium situé à quatre kilomètres de la Souterraine, au-delà de la Tour de Bridiers. [NDLR : L'actuel IME de La Roseraie] Nous avons été très bien accueillis par le Dr. Marlaud, patriote résistant et par la directrice, Mademoiselle Frantout. Dans cette maison régnait une ambiance intellectuelle très élevée, imprégnée d'un christianisme de bon aloi. Le Frère Généreux, qui avait jadis participé à des expéditions avec Pierre Teilhard de Chardin, m'a initié à la philosophie à l'age de onze ans au cours de longues marches par monts et par vaux. J'étais aussi louveteau aux E.D.F. Un jour nous sommes tombés sur un groupe de maquisards qui opéraient à partir de la tour de Bridiers et nous ont menacé de mille morts si nous révélions leur secret. Les troupes de la Milice ont occupé le collège peu avant la libération. Comme, par la force des choses, je connaissais les activités de la Résistance qui avaient lieu aux Rosiers, les miliciens ont essayé de me faire parler. Heureusement, ils ne m'ont pas fait de mal, mais je l'ai échappé belle. Les troupes allemandes et les miliciens ont tout de même investi les Rosiers sur la foi de faux renseignements que je leur avais donnés - je les avais volontairement induits en erreur - Ils ont failli tuer tout le monde. Ma mère, qui comprend l'allemand, a clairement entendu leurs conciliabules, mais comme je leur avais dit que la forêt toute proche était infestée de résistants, ils se sont vite retirés, craignant un barrage sur la route de leur retour. C'était la veille du massacre d'Oradour ! L'année scolaire 1944/1945 nous étions déjà libérés, mais la guerre n'était pas finie. Nous n'avons pu rentrer en Lorraine qu'en juillet 1945. Délivrés des angoisses de l'Occupation, nous avons passé une année normale à la Souterraine dans des conditions matérielles acceptables et une élévation morale extraordinaire. Mon frère aîné, qui s'était engagé dans les Forces Navales Françaises Libres en 1940, a fait toute la guerre sous le pavillon français. Il est venu nous voir plusieurs fois à la Souterraine en 1944 et 1945. Son uniforme d'officier français faisait grande impression nous n'étions pas peu fiers de l'avoir parmi nous. Pour nous, pauvres persécutés, "ces pelés, ces galeux d'où venait tout leur mal", c'était enfin l'occasion de relever la tête ! Mon frère, Claude Kahn, vit toujours à Amiens, Somme, Il s'occupe activement des Anciens de la France Libre, mais le temps passe pour tout le monde. En l'an 2000 cette association mettra officiellement fin à ses activités. Claude avait 18 ans en 1940. Il fait partie des plus "jeunes". Mon autre frère, Paul, né en 1924, était en 1944 à Saint-Junien, Haute-Vienne. Il travaillait comme moniteur au Centre des Jeunes Travailleurs. Ce centre était aussi un maillon très important dans la chaîne de la Résistance. Mon frère Paul, qui est souvent venu à la Souterraine, est mort en décembre 1997."1
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Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
Paul Joseph dit Joseph Bourson Arrêté comme otage et fusillé le 11 juin 1944 à Mussidan (Dordogne), Blog2 pages,
réalisation 2011 Auteur :
Alain LAPLACE
Article rédigé à l'occasion de mes recherches généalogiques, puis la mise en ligne d'un blog (http://majoresorum.eklablog.com)dédié à la famille BOURSON qui a été expulsée en 1940 du village de Vigy (Moselle) et réfugiée à Mussidan (Dordogne) et les villages alentours où elle a vécu toute la durée de la guerre. Plusieurs personnes natives de Vigy faisaient partie des 52 otages fusillés le 11 juin 1944.
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