Des Juifs prussiens à Amiens
Lors de l’invasion prussienne de 1870, il y eut un grand nombre de blessés allemands parmi lesquels il y avait des Juifs. C’est à travers les pages de L’Univers Israélite que l’on sait que ceux-ci furent soignés à l’Hôpital d’Amiens. L’Univers Israélite de cette époque parle des tournées rabbiniques entreprises par le Dr Blumenstein "aumônier d’Allemagne" et lorsqu’il passe visiter les blessés juifs, voici ce que cet hebdomadaire écrit : "Le même aumônier écrit d’Amiens, qu’il a visité les blessés juifs, atteints dans le combat du 3 décembre, "dont la joie, en le voyant, était indescriptible, quelques-uns pleuraient de joie. Il n’y a dans cette ville que six familles israélites chez lesquelles il ne pouvait rien manger, il n’a rien pris de chaud depuis huit jours, mais la joie des soldats le dédommageait de ses privations. Au Cimetière catholique, il y a un petit emplacement destiné à l’inhumation de nos coreligionnaire".
Il mande d’Amiens, le 26 février, qu’il y a un office divin, ordonné par le prince d’Albrecht avec environ trente soldats de la 3ème division. Le local avait été désigné par le Comte Talleyrand Périgord, adjudant du Commandant de la Place. Deux aumôniers chrétiens, un catholique et un protestant, assistaient à l’office.
La Communauté Juive moderne d’Amiens a du mal à se créer. C’est vers les années 1930 que l’on commence à parler un peu d’elle. En effet, le 12 mai 1934, le Conseil d’Administration de l’Association Cultuelle Israélite du Département de la Somme adresse une protestation contre les actes inqualifiables commis par Hitler et ses lieutenants contre les Juifs allemands. Cette protestation est transmise à M. Israël Lévy, Grand Rabbin de France.
Le 20 juillet 1934, la Communauté d’Amiens lance un appel à ses frères de France afin de l’aider à bâtir son lieu de culte. L’Univers Israélite relaye cet appel, dont l’idée générale suit : "Le sympathique Président de la Communauté, M. Louria, en une réunion privée, chez lui, invitait tous ses coreligionnaires à donner leur avis sur la formation d’une communauté à Amiens. A l’unanimité de l’Assemblée, un comité fut constitué et celui-ci se trouva devant une tache très lourde. Sur la demande de ce Comité, M. le Rabbin Apeloig fut accepté à Amiens pour y remplir ses fonctions. Les enfants reçurent, grâce à sa compétence, une instruction juive, dont les membres de la Communauté furent très fiers.
Les soixante familles de l’Association Cultuelle Israélite de la Somme adressèrent un appel, par la voix de Monsieur Staal, Secrétaire Général de l’Association, à la générosité de tous les Juifs français afin que le Judaïsme dans la capitale de la Picardie occupa la place à laquelle il avait droit".
Les vœux de cette association vont se réaliser puisque le 8 novembre 1935, L’Univers Israélite publie le compte-rendu de l’inauguration du Temple : "L’inauguration de la Synagogue d’Amiens a eu lieu dimanche dernier. Ce nouveau sanctuaire, de proportions modestes, a été aménagé avec beaucoup de goût, le tabernacle, inspiré de celui de la rue de la Victoire, et la Téba forment un ensemble qui enchantent le visiteur ; les meurs sont recouverts de versets bibliques, traduits en français, l’édifice est clair et seyant. M.I. Stall, secrétaire général de la Communauté qui mérite d’être cité en premier lieu, tant est grand son dévouement, n’a pas exagéré en disant que l’architecte, M. Thérasse, ‘’s’était rendu à Paris pour voir les principaux temples et avait rapporté une idée parfaite des choses...
M. le Grand Rabbin Liber, directeur de l’École Rabbinique de France, délégué du Consistoire Central pour la Province, a présidé la cérémonie, entouré de M. le Rabbin Apeloig, chargé du ministère religieux à Amiens, de M. le Grand Rabbin de Lille, Léon Berman, de M. le Rabbin de Rouen, Paul Bauer. Nous avons remarqué la présence de M. Aaron Salzédo, membre du Consistoire de Bayonne, de son fils, Me Mosès Salzédo, membre du Consistoire Central, de M. Maurice Malka, premier ministre-officiant du temple de la rue Buffault ; la maîtrise du temple, sous la direction de son sympathique chef, M. Jean Manuel, s’était chargé de la partie musicale de la cérémonie ; M. Isaac, ministre-officiant de la Victoire, a été fort apprécié. Les autorités civiles et militaires étaient largement représentées ; M. le Préfet de la Somme avait délégué son secrétaire général, M. Moulin ; au premier rang se trouvaient M. le Colonel Delcambre, commandant le 51è régiment d’infanterie, représentant M. le Général commandant la 2è région ; M. le Sénateur de Berny, M. Busch, Commissaire Central, M. Carmichaël, directeur de la Chambre de Commerce, M. le Dr Labarrière, directeur de l’Ecole de Médecine ; M. Oswald, Consul d’Angleterre. MM. Ebener, Pépin, Gontier, Dubrulle, Conseillers Municipaux, etc...
L’Administration du temple était présente au complet ; MM. Louria, Président ; Lehr, Trésorier ; Staal, Secrétaire Général ; Aaron, Grindefer, Franco, Weiller, Rozmbaum, membres du Conseil. De nombreux non juifs avaient tenu à se joindre à nos coreligionnaires et le nouveau temple était trop étroit pour contenir tout le monde. Le service d’ordre était assuré d’une manière impeccable par M. Oscar Berg, chef des huissiers du temple de la Victoire, qui a vraiment mérité son titre de "Premier Chamess de France".
L’entrée du cortége rabbinique eut lieu au chant de "Ma Touvou", celle des Sépharim, aux accents de "Vayehi Binçoa". M. le Grand Rabbin Liber alluma la lampe perpétuelle faisant précéder ce geste d’édifiants et brefs commentaires. L’office de Minha se fit ensuite. Après quoi, M. I. Staal prit la parole
Le distingué secrétaire général de la communauté d’abord remercia délicatement toutes les personnalités présentes, la presse, ses collègues de l’Administration, les communautés et les donateurs qui ont envoyé des subventions et de généreuses offrandes afin qu’Amiens s’enrichisse d’un édifice qui lui fasse honneur, l’architecte, les entrepreneurs MM. Bulian, Parazzone, Margry, Jacob, Dubois, Letendart et la Société Arlésienne de Force et de Lumière qui ont aménagé dans un temps record cette belle synagogue.
L’orateur rappelle les efforts pour réveiller la communauté : 25 chefs de famille étaient seulement connus en 1930 ; M. le grand-rabbin Poliakoff venait de temps à autre de Lille pour les visiter ; il accepta de venir chaque semaine pour dispenser l’instruction religieuse aux enfants, ce qui permit d’aller de l’avant et de connaître quinze nouvelle familles ; ce dévoué pasteur ne pouvant plus se déplacer aussi souvent, M. le rabbin Apeloig accepta de le suppléer, continua heureusement sa tâche et sut gagner l’entière confiance des fidèles. Le 8 février 1933, la Préfecture enregistra la déclaration de l’Association Cultuelle Israélite de la Somme, et le 21 février suivant celle de la Société de Bienfaisance que préside avec dévouement et autorité M. André Daniel. L’idée d’un temple prit corps, le Consistoire Central et son secrétaire général, M. le rabbin Marcel Sachs, ne ménagèrent pas leurs conseils et leur appui ; l’appel financier n’obtient pas tous les résultats souhaitables, car il coïncidait avec l’arrivée des réfugiés allemands en France. Mais, malgré tout, les sommes recueillies ont permis de faire quelque chose ; les nombreuses démarches, l’opiniâtreté et l’ardeur de M. le rabbin Apeloig sont parvenues à la réalisation définitive et on ne saurait trop le féliciter pour ce magnifique succès..."
La communauté juive d'Amiens regroupait en 1939 une centaine de familles domiciliées dans tout le département de la Somme.
En 1946, il n’en reste que 38. 63 personnes ont été déportées, et 7 seulement sont revenues.
La synagogue, construite en 1936, a été épargnée, mais les objets du culte et tout le mobilier ont été pillés par les Allemands.
Lors de l’avancée de Guderian les 19 et 20 mai 1940, tous les ponts d’Amiens à la mer ont sauté. Seuls deux ponts de chemin de fer avaient été oubliés au lieu-dit "Les Moulins Bleus", situé entre Condé-Folie et Hangest-sur-Somme. Le 20 mai 1940, juste après La Chaussée-Tirancourt, Hangest-sur-Somme est bombardé. On dénombre une quarantaine de victimes civiles.
Le 5 juin 1940, débute alors la bataille d’Hangest-sur-Somme. L’enjeu de cette bataille est de traverser la Somme, ce que la 7è Panzer-Division (qui a percé les Ardennes) réussit à faire. Rommel (commandant la 7è Panzer-Division, aussi appelée "Division fantôme"), qui est encore inconnu des Alliés en juin 1940, envoie donc un bataillon de Panzer au grand complet avec ordre de tirer sur le village mais sans s’approcher de trop près.
A l’aube du 5 juin 1940, les ponts sont pris par les Allemands et détruits.
La 5è DIC défend Hangest-sur-Somme jusqu’au bout avec des moyens dérisoires (un canon antichars de 25mm).
A 9 h, Hangest-sur-Somme n’est toujours pas tombé. Les Sénégalais du 53e RICMS (Régiment d’Infanterie Coloniale Mixte Sénégalais) tiennent le haut du larris mais les Allemands, appuyés par une artillerie importante, montent à l’assaut et obtiennent un succès.
Cependant, d’après un témoignage de Robert Dupays : "A Hangest-sur-Somme, certains tirailleurs du même régiment furent immédiatement abattus après leur capture. Les combats furent si violents que la presse allemande (Pommersche Zeitung) cita les combats avec les coloniaux en ces termes : "les Français combattirent avec acharnement, les noirs utilisaient jusqu’au bout chaque possibilité de défense, chaque maison était défendue. Pour briser cette résistance, il fallut mettre en action les lances-flamme, et pour venir à bout des derniers sénégalais, les tuer un à un"
Hangest-sur-Somme tombera dans l’après-midi. La 7è Panzer-Division peut maintenant se diriger vers le sud.
Lucien-Louis-Claude Martin
Évêque d'Amiens ( 29/05/1935-†26/12/1945 )
Familles réfugiées à Amiens[Compléter]
Article non renseigné. Si vous avez connaissance de personnes hébergées, sauvées ou cachées dans la commune, cliquez ci-dessus sur “Compléter” et ajoutez leur nom, prénom, leur date de naissance, les circonstances du sauvetage, si possible. 1 Famille arrêtée (Amiens)[Compléter]
1942Famille Doubchak - Leib, né à Odessa (Russie), habitait Amiens. Il est arrêté parce que Juif et déporté sans retour le 14 septembre 1942 par le convoi n° 32 vers Auschwitz. Déportation : 14/09/1942 convoi no 32
22/06/1940 -Signature de l’armistice dans la forêt de Compiègne, à Rethondes. 18/02/1944 -"Opération Jéricho" sur Amiens : raid aérien de la RAF qui bombarde la prison d'Amiens pour libérer des agents secrets alliés et des résistants français. Cette opération fit 98 morts.
Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires [Ajouter le votre]
Histoire des Communautés Juives du Nord et de Picardie , Mémoire ou thèse148 pages,
réalisation 2009 Auteurs :
Frédéric Viey, Franck d'Almeyda
- terminal
Cette Histoire des Juifs du Nord et de Picardie relate le quotidien des Juifs dans le Nord de la France à partir du Moyen-Âge jusqu'à nos jours. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Communautés Juives de ces régions ont payé un lourd tribu en perte humaine : la déportation et l'exécution après être passé par le Camp des Malines. Aujourd'hui dans toutes les Communautés un monument rappelle les sacrifices faits par le Peuple Juifs. Après la Seconde Guerre Mondiale, la population juive de France est exsangue. Les survivants vont essayer de faire revivre leur patrimoine religieux et culturel.
Émile Pelletier
(1940 - 1942) Préfet de la Somme (1898-1975)
Jean Quenette (09/1941 - 05/1942) Préfet régional de Saint-Quentin (Aisne, Somme, Oise, Ardennes), révoqué par Vichy et recherché par la Gestapo pour son activité de résistant (1903-1971).
Gaston Mumber
(1943 - 1944) Gaston Jules Antoine Mumber, Préfet de la région de Laon-Saint-Quentin (Aisne, Ardennes, Oise et Somme) (1897-1970)
Roger Homo
(1944 - 1944) Roger Marie Calentin Paul Homo, Préfet de la région de Laon-Saint-Quentin (Aisne, Ardennes, Oise et Somme) (1892-1977)
Pierre Pène
(1944 - 1946) Commissaire régional de la République de la région de Laon-Saint-Quentin (Aisne, Ardennes, Oise et Somme) (1898-1972)
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